A person practicing martial arts or possibly performing a kata in a dojo, wearing traditional clothing, standing on a red martial arts mat with wooden wall bars in the background.

Travail corporel

C’est pour avoir eu la chance de mener en parallèle pendant de longues années, une psychothérapie analytique et la pratique régulière du kinomichi, que j’ai pu apprécier les bénéfices que peuvent apporter l’association de ces deux modalités de travail sur soi. 

Il m’est apparu au fil des années qu’elles se potentialisaient mutuellement, s’enrichissant l’une, l’autre, participant de concert à la dynamique du processus d’individuation.

Ce que j’ai longtemps pressenti est devenu comme une évidence : ce type d’expérience, passionnante et fructueuse méritait d’être considérée avec attention, et d’autres pourraient en bénéficier.

Ainsi je reçois en cabinet, pour des séances individuelles, ceux et celles qui ressentent le besoin ou le désir d’associer travail psychologique et travail corporel. 

Je m'inspire à la fois du foisonnement de possibilités qu'offre le kinomichi et de toutes mes expériences passées ou actuelles que ce soit à travers la danse (africaine, contemporaine), le Qi gong, le yoga ou le vaste champ de l’éducation somatique : méthode Feldenkrais, Eutonie, gymnastique holistique, fasciathérapie et gymnastique sensorielle. 

Ce type de travail, d’autant plus lorsque l’on s’y consacre avec constance présente un intérêt considérable. Il est à sa façon un vecteur de changement des représentations que l’on a de soi-même. Si mon corps change, si ma façon de l'habiter, de le ressentir change, c’est tout mon être qui en bénéficie, et ma façon de me percevoir qui est amenée à évoluer.

Un corps dont le tonus est plus juste, dans la verticalité est plus incarnée ; corps avec moins de raideurs, de tensions ou de douleurs ; un corps qui respire plus aisément, plus amplement, devient un allié précieux de notre existence, là où il était parfois devenu un fardeau. Il devient progressivement plus vivant et plus habité. Les fluides y circulent mieux, mais aussi les vibrations de la voix, l’énergie, les émotions, les pensées, nourrissant ainsi une vitalité sans cesse stimulée, renouvelée par le mouvement et la présence à soi. 

Dynamisé mais aussi détendu, réceptif, et régulièrement visité par une conscience douce mais attentive, tournée vers l’intérieur de soi-même, il favorise l’introspection et l’affleurement de notre vie inconsciente : images, rêveries, inspirations... C’est aussi notre contact avec notre environnement, et avec les personnes qui nous entourent qui se modifie progressivement.

Là où les vicissitudes de nos existences ont pu, souvent à notre insu, affaiblir notre corps ou l'anesthésier ; provoquer des tendances à nous en détourner ou à n’en avoir qu’une conscience superficielle et parcellaire, nous pouvons en développer et en cultiver une perception plus globale, plus unifiée. Ce qui en soi, donne sens, goût, et consistance à notre existence.

Le travail corporel ainsi envisagé, et pratiqué sciemment selon ces intentions particulières vient soutenir et renforcer la thérapie analytique. Je le considère comme étant pleinement partie prenante du processus de transformation à l’œuvre

Les séances sont conçues pour transmettre un ensemble de mouvements précis, accessibles et qui peuvent être mis en œuvre chez soi. Elles visent aussi à développer une écoute intérieure et à l’affiner. Ceci permet progressivement de devenir plus créatif, en utilisant les mouvements qui conviennent à ce dont le corps a besoin dans l’instant, en créant des variantes, des adaptations ou pourquoi pas, des nouveautés. Lorsque notre corps se prend à ce jeu-là, bien sûr, il en redemande !

Développer cette intimité avec soi-même, cette forme de savoir sur soi-même nous ouvre à une certaine indépendance qui favorise un sentiment de sécurité intérieure, de confiance en notre capacité à prendre soin de nous. 

Les modalités d'interaction entre les séances corporelles et les entretiens sont souples. Elles font l'objet d'un échange préalable et sont réévaluées régulièrement.

 Ce travail est bien sûr aussi accessible à ceux et celles qui ont déjà entrepris une psychothérapie avec un professionnel de leur choix.

Outline drawing of a pumpkin with leaves and a curving vine
Outline drawing of a lion's face.
Line drawing of an angel with large wings, holding a heart, and a smaller angel below, with a smaller heart, in a heart-shaped frame.
A martial arts instructor demonstrates a technique with an elderly woman on a padded training mat in a dojo. Both are dressed in traditional white uniforms with gray gi pants, and the woman is in a kneeling position while the instructor holds her arm during the demonstration.

Avec Mathias Aubert (Enseignant)

Two women practicing Aikido in a dojo, one kneeling with a sword, the other standing, both in traditional martial arts uniforms, with framed photographs on the wall behind them.

Avec Olga Raut (Pratiquante)

Kinomichi

Japanese calligraphy with four large black kanji characters on a white background.

Le kinomichi, « voie de l’énergie », est une pratique corporelle inédite, créée par le maître japonais Masamichi Noro en 1979. Proche disciple de Maître Ueshiba, fondateur de l’aikido, c’est auprès de lui qu’il se forma dans sa jeunesse à cet art martial. Bien des années plus tard, il entreprit de le faire évoluer en un sens si profond qu’il serait plus juste de parler de « mutation ». 

La notion d’adversaire a cédé la place à celle de partenaire.  Maître Noro s'est résolument détourné de toute visée martiale, en même temps qu'il a introduit dans la pratique une dimension de soin. Il a notamment travaillé en collaboration avec la kinésithérapeute Lily Ehrenfried, fondatrice de la gymnastique holistique dans les années 60. Se trouve ainsi au sein de cette pratique corporelle une réelle dimension d’éducation somatique.

Les partenaires qui réalisent ensemble un mouvement cherchent dès lors, à produire des bienfaits mutuels.

Two martial artists practicing with a wooden sword during a training session.

Photo: Lauren Terrigeol

Réalisée pour l’Association Suisse de Kinomichi (ASK)

LAUREN TERRIGEOL

Lauren Terrigeol

« Mon désir, c’est que la pratique s’accomplisse tout le temps dans la joie et non dans la souffrance. Quand j’ai créé le kinomichi, il y a des années, j’avais une joie extraordinaire. Le kinomichi est construit sur cette base. »

Masamichi Noro

Daniel Roumanoff, 1992, La pratique du kinomichi avec maître Noro,  p.116, Criterion

Qu’est-ce que le kinomichi ?

Le kinomichi offre à notre potentiel corporel un vaste éventail de stimulations. Il propose de nombreux mouvements : certains très lents, d’autres très dynamiques, réalisés le plus souvent avec un partenaire, ou seul, en particulier les exercices préparatoires. Il inclut également des enchaînements de type kata, pratiqués au jō (canne) ou au boken (sabre de bois).

La visée profonde de cette pratique est d’éveiller l’énergie et de lui permettre une circulation de plus en plus libre dans tout le corps, ainsi qu’entre les partenaires. Cette énergie qui nous traverse nous stimule, nous ressource et nourrit notre vitalité de manière infiniment bénéfique.

Au fil du temps, le pratiquant améliore son ancrage à la terre et son élongation vers le ciel, tout en développant une présence plus vivante dans son bassin. Il est invité à découvrir une verticalité de plus en plus tangible : solide, souple et légère à la fois. Il apprend à rechercher dans ses mouvements l’amplitude, l’expansion, l’ouverture, la fluidité et le tonus juste.

Nous créons de l’espace, du volume et du souffle, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du corps. Nous affermissons nos capacités de précision, de stabilité et de détermination.

Une attention particulière est portée aux ressentis et aux sensations internes, qui s’affinent progressivement et donnent aux mouvements saveur et expressivité.

Leur dynamisme naît notamment d’un jeu incessant d’allers-retours entre haut et bas, entre ciel et terre, dessinant dans l’espace des vagues vivifiantes. Les spirales, présentes dans la grande majorité des mouvements, favorisent également ce dynamisme tout en respectant profondément notre structure corporelle, ce qui rend la pratique particulièrement agréable.

Le kinomichi se pratique essentiellement à deux, il s’agit d’un véritable art du contact, contact physique et énergétique avec le partenaire. Cette dimension est extrêmement enrichissante. Elle nous conduit, au fil du temps, à développer une double présence : à soi-même et à l’autre, dans un constant travail d’écoute et d’adaptation.

Chaque mouvement devient alors l’occasion d’une recherche commune et confiante, sans cesse renouvelée, pour nous ouvrir à la libre circulation du Ki, de l’énergie. D’où le sentiment profond de gratitude envers nos partenaires.

C’est ainsi que Masamichi Noro formulait cette recherche :

« Comment va-t-on harmoniser deux, pour que de ces deux naisse un troisième qui ne les aliène pas ? »

Masamichi Noro

Daniel Roumanoff, 1992, La pratique du kinomichi avec maître Noro,  p.161, Criterion

Le kinomichi et sa dimension thérapeutique

Pourquoi faire ici une place à cet art du mouvement ?

Parce qu’il recèle un véritable potentiel d’évolution pour les humains que nous sommes, et qu’en cela il est porteur de véritables qualités thérapeutiques. Parce qu’il m’inspire pour ma pratique en cabinet.

Il y a des liens étroits entre le travail analytique et la pratique du kinomichi. Celui qui peut-être englobe tous les autres, se trouve dans une visée commune aux deux approches qui est de permettre à l’énergie de mieux circuler. Energies physique et psychique sont en constante relation, s’influencent mutuellement d’où l’intérêt de les stimuler à la fois en passant par le corps, la parole et la relation thérapeutique.

L’organisation inhérente aux mouvements vient progressivement modifier la nôtre, de l’intérieur, de façon concrète, perceptible et profonde. Tout cela s’éprouve et s’intègre au fil des années.

Les deux pratiques s’enrichissent l’une l’autre et contribuent à la fois à dénouer, décomplexifier, libérer ce qui peut l’être et structurer, renforcer développer la personnalité du sujet. Ce sont deux modes exploratoires, deux supports pour un cheminement personnel au long cours.

Psychothérapie analytique et kinomichi élargissent nos possibilités de contact avec nous-mêmes ; de découverte et de compréhension de qui nous sommes, et de ce que nous pourrions devenir.  Ils nous convient à un « en plus » de subtilité, de conscience, de justesse et sont aussi des opportunités de ressentir un plus vaste que nous.

Le travail sur soi par son approfondissement progressif, stimule des ressources qui demeuraient en germe et pourront permettre à la personne d’envisager des directions nouvelles. Dans cet espace, quelque chose de l’ordre de l’imprévisibilité, de la créativité peut advenir.

« (…) le champ analytique, c’est proprement ce qui va créer les conditions de l'émerveillement ou de la surprise » nous dit Pierre Willequet, celle « d'être surpris par soi-même ».

Pierre Willequet et col., 2018, Jung et l'élan créateur, p.376, Esperluète /L’arbre Soleil