« C’est le fait de jouer et non le fait de bien se tenir qui est le cœur, l’artère principale de la vie créatrice. Le besoin de jouer est un instinct. Sans jeu, il n’existe pas de vie créatrice. »
Clarissa Pinkola Estès
Femmes qui courent avec les loups, 1996, p. 325, Éditions Grasset & Fasquelle
Parcours Personnel
Pendant de longues années j’ai travaillé dans l’enseignement, pour l’essentiel en classe maternelle, même si j’ai tout d’abord accompagné des élèves de primaire. Je me suis sentie bien plus à l’aise auprès des jeunes enfants, les dimensions affectives, ludiques et créatives ayant une place beaucoup plus large. Plus jeune, je m’étais formée à l’animation, et j’appréciais d’en retrouver certaines tonalités.
Cependant, au fil du temps, les incohérences de l’institution et les contraintes qu’elle imposait me sont devenues de plus en plus pesantes. L’écart entre ce à quoi j’aspirai pour mes élèves et pour moi-même, et ce que je vivais et leur faisait vivre jour après jour, faisait grandir mon sentiment d’insatisfaction.
Je me suis alors intéressée aux pédagogies alternatives qui m’ont semblé plus soucieuses de considérer les enfants comme des êtres singuliers et d’en tenir compte dans leur façon d’envisager les apprentissages. Ce sont les travaux et la pensée de Maria Montessori qui m’ont le plus inspirée. L’enfant y était perçu comme une personnalité à accompagner dans son développement, comme un « embryon spirituel » dont on pouvait nourrir les élans propres plutôt que de lui inculquer systématiquement, et ce dès le plus jeune âge, « l'art » de se plier à ce que l'on attendait de lui.
Les écrits de cette pédagogue m’ont permis de faire évoluer ma vision de l’être humain à l’état d’enfance et ma formation d’éducatrice pour les enfants de 3 à 6 ans a contribué à un certain renouvellement de ma pratique.
Un autre pan de ma vie professionnelle, en lien avec ma pratique musicale amateur, m’a conduite à la création de contes musicaux, en collaboration avec une amie conteuse. C’est avec curiosité et grand plaisir que je me plonge dans ces récits aux racines profondes, issus des traditions orales de diverses cultures qui deviennent de belles sources d’inspiration. J’anime aussi quelques temps des ateliers d’éveil musical.
En parallèle de ce parcours professionnel, la découverte des travaux de Carl Gustav Jung ainsi qu’un travail analytique personnel de longue haleine m’ont permis de renouveler mon énergie psychique qui progressivement s’est réorientée.
Une sorte d’appel intérieur, à peine discernable au début, à commencer à se faire entendre. C’est petit à petit que j’ai pu mieux le comprendre et qu’il s’est amplifié. Le processus d’individuation faisait son œuvre, lentement mais résolument. Un jour j’ai su que j’allais « changer de fauteuil », que c’était cela l’aspiration qui m’habitait.
Quelques années plus tard, j’obtenais ma certification de praticienne en psychothérapie, et, soutenue par la confiance mutuelle entre mon analyste et moi, confiance indéfectible, j’ouvrais mon cabinet. Dans ce fameux fauteuil, face à ma première patiente, sans doute aussi intimidée qu’elle, je me suis sentie…à ma place !
Le petit bouquet d’anémones rouges composé pour l’occasion, je me plais à l’imaginer, s’en souvient encore.